[ANNIVERSAIRE]
Anniversaire d’un vol, commis en 1915 : une statuette de cire, par Vernhes, est dérobée dans le musée sous domination allemande. Placée sous un globe avec une autre petite sculpture, il a suffi de le soulever pour subtiliser l’œuvre.
Une enquête est menée, et le gardien Legal, interrogé, comme ses collègues (Morage, concierge, et Madame Pillion), témoigne, le 1er décembre :
« On s’est aperçu du vol le 26 novembre vers 10 heures du matin. La veille, deux officiers, l’un de 35 à 40 ans, l’autre, de 27 à 28 ans, ont visité sous ma conduite le musée et ont admiré les statuettes de cire. C’était vers 10 heures du matin. L’après-midi, deux civils allemands [d’une quarantaine d’années] ont visité le musée ; ils étaient dans la galerie confiée à la garde de Morage. Je suis revenu après leur passage, examiner le travail d’un sous-officier aviateur qui photographiait dans la grande salle. Le lendemain, Morage, en se promenant avec un officier dans le musée, s’est aperçu de la disparition de ce petit objet en cire. Le 25 novembre, il n’est pas venu de civils français dans le musée ».
On lui fait remarquer que « Beaucoup de personnes trouvent que les trois surveillants du musée sont généralement près de la porte, regardant ce qui se passe sur la place verte », mais, selon Legal, cela n’arrive que quand il n’y a pas de visiteurs.
Morage déclare, en tant que concierge, que personne n’est venu en dehors des heures d’ouverture.
De son côté, Madame Pillion étant postée près de la porte, ne peut rien apprendre sur le vol, n’ayant en charge que la surveillance du hall et des galeries Carpeaux. Elle n’a remarqué personne sortant du musée avec un paquet en main ou dans la poche, mais précise qu’il lui arrive, rarement, ne pas être près de la porte, et qu’il est alors possible de sortir du bâtiment sans son intervention. Amère, elle regrette la situation antérieure : « Lorsque le musée se trouvait à l’hôtel de ville, aucun visiteur ne pouvait sortir sans l’intervention des gardiens qui visitaient les salles pour constater l’intégrité des objets ».
L’œuvre ne sera jamais retrouvée.
Le concierge, Charles Morage, accompagnera les œuvres lors de leur évacuation vers Bruxelles en péniche, en octobre 1918, mais n’en reviendra pas : il meurt à Bruxelles à son arrivée.
M.G.
(Portrait présumé de Madame Pillion, à l’entrée de l’actuelle Place Carpeaux, durant la grande guerre. Son nom ne semble être qu’un homonyme de celui de Jules Pillion, longtemps conservateur du musée, sans qu’un lien familial ne puisse être avéré. Derrière elle, se trouve une des nombreuses tapisseries éloignées du front par leur placement à Valenciennes par les allemands. Photo anonyme, fonds Bauchond.).