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[EPISODE 17 : ALQUIER EN APPEL]

Devant l’énormité de la peine, Alquier n’a rien à perdre à faire appel. Il est donc transféré. Rappelons ici qu’à l’époque, si les inculpés renvoyés devant les Assises sont emmenés par chemin de fer, les détenus qui vont en appel gagnent Douai par voie de terre, à pied… Alquier prend donc la route le lundi 24 avril, avec un compagnon d’infortune, entre deux gendarmes, de brigade en brigade. On le voit passer « la casquette béret sur l’oreille, le bâton à la main », comme quand il était arrivé à Valenciennes, « il avait les yeux gonflés et rougis, les traits tirés et paraissait extrêmement abattu. » Il passe probablement la nuit à Aniche, comme c’était l’habitude, et arrive à la prison de Douai le mardi vers 10 heures 45.

C’est seulement le 9 mai que son cas passe devant la cour d’appel. Deprat, avocat de la défense demande l’acquittement de son client, victime plus que coupable. L’avocat général démontre qu’Alquier ne pouvait pas être le faussaire, n’étant pas assez adroit pour un tel trucage. « Ce n’est pas après avoir passé une journée à pousser la charrue que ce paysan a eu la main assez légère pour opérer un aussi délicat grattage de papier. Où se serait-il procuré l’encre et le composeur nécessaire ? » Enfin, Alquier a toujours prétendu ne jamais s’être séparé de son billet : il lui aurait suffi de dire que quelqu’un s’en était emparé… C’est un gage de sa bonne foi ! 

L’arrêt est rendu le lendemain : Alquier est condamné à deux ans de prison avec sursis… Il va donc pouvoir retourner rapidement chez lui. Deux ans avec sursis : la cour n’a en fait pas voulu trancher et a rendu une décision mitigée au bénéfice du doute… C’est très peu cher payé si Alquier a réellement tenté une telle escroquerie, mais c’est énorme s’il a été victime d’un mauvais plaisant… 

Légende : 
Douai : la prison (détail de carte postale ancienne, collection particulière)
M.G.