Paris : il a inventé une application pour lire les vitraux de la Sainte-Chapelle

>Île-de-France & Oise>Paris|Eric Le Mitouard|04 janvier 2018, 16h42

Francis Margot, agent d’accueil à la Sainte-Chapelle, a créé de toutes pièces une application qui permet de lire les 1 113 scènes des vitraux de ce joyau gothique.

Francis Margot, 43 ans, est agent d’accueil à la Sainte-Chapelle depuis vingt ans… « et informaticien à mes heures perdues », ajoute-t-il avec un sourire malin. Car à lui seul, juste un peu secondé par les techniciens du CMN (centre des monuments nationaux), il a créé de toutes pièces une application qui permet de lire les 1 113 scènes des vitraux de ce « joyau gothique », comme le définit Delphine Samsoen, conservatrice de l’édifice enserré dans la Palais de Justice (Ier). Francis Margot l’affirme à sa façon : « C’est le plus beau monument de France… et du monde ».

On le comprend, ce passionné n’a eu qu’un seul désir : faire partager son amour du lieu. « « En 23 ans de surveillance, je constatais que les gens se posaient toujours les mêmes questions sur les détails des vitraux ». Delphine Samsoen a bien en main le Corpus vitrarum, un ouvrage de 200 pages qui donne les explications religieuses et scientifiques sur ces vitraux et leurs scènes pour la plupart tirées de l’Ancien Testament. « Mais le livre est épuisé et ce n’est vraiment pas pour tout le monde », estime le surveillant.

 

 

Alors, il y a trois ans, il a commencé à mêler ses connaissances de l’informatique et celles des vitraux. En juillet 2016, il fait un premier test sur la rose centrale. Il apprend à faire des images de synthèse. Il imagine pouvoir utiliser les vitraux comme autant de tracker (un logiciel qui permet l’indexation automatique de documents). « En fait, j’ai transformé chaque vitrail en QR code (code-barres en deux dimensions) reconnu par l’application du téléphone », explique-t-il en passant à la démonstration.

Au milieu de l’église, après avoir téléchargé l’application Vitraux-Sainte-Chapelle, la caméra du téléphone s’allume sur l’écran. Une petite cible verte permet immédiatement de viser le vitrail choisi. L’image du vitrail fixe s’affiche alors en grand sur le téléphone, le nom de la verrière et une courte description de la scène apparaissent. L’application est capable de reconnaître les vitraux les plus éloignés et de les montrer en grand sur l’écran. Magique !

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« C’est vrai que je suis assez fier quand je vois des touristes utiliser mon application », avoue-t-il. Heureux aussi de voir que le CMN commence à faire de la communication sur son invention. « J’en ai tellement bavé pour réussir », lance-t-il. « Mais surtout, je suis heureux de voir que même le vitrail le plus éloigné, qui semble être une tache de couleur, peut alors prendre tout son sens pour le visiteur », souligne-t-il. Pari gagné.

L’agent de surveillance a dû tout apprendre et mettre en forme lui-même. Il a fallu aussi prendre plus de 2000 photos des vitraux. « J’ai acheté un appareil photo et j’ai loué un objectif de pointe ». Car ici, il s’agissait de prendre en photo chaque scène, d’équilibrer la luminosité de chaque scène, alors que celle-ci change en fonction des heures et de la saison. Il a fallu aussi modifier les perspectives, car certains vitraux sont à plus de 30 m de haut.

La phase de test présentée à la direction du CMN, a tout de suite conquis l’audience. En avril 2017, l’ensemble des vitraux était mis sur l’application et proposé aux touristes. Plus de 8 000 téléchargements gratuits ont été réalisés pour visionner la rose. « « Cela reste marginal par rapport à notre million de visiteurs », souligne Delphine Samsoen. D’autant plus que seulement 800 personnes sont passées à l’étape payante (0,99 €) pour voir tous les vitraux. Mais c’est un début prometteur.

Aujourd’hui, une version 2 de l’application est en phase d’étude. Elle permettrait de présenter plus précisément les vitraux principaux. Pour Francis Margot, qui n’a que son CAP de comptabilité et gestion en poche, cette reconnaissance du CMN (qui l’a rémunéré au tarif d’un intervenant extérieur) vaut tous les diplômes d’informaticien des grandes écoles.