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Pagus Hainae 54
PETIT LEXIQUE DES TERMES DE LA FEODALITE

Cette chronique est destinée à éclairer celles et ceux qui aiment les films et les romans historiques et qui sont parfois confrontés à des termes dont elles ou ils ne comprennent pas toujours le sens. En même temps, elle éclairera d’autant mieux notre Histoire.

La féodalité
Je rappellerai d’abord que le système féodal fut mis en place à la fin du IXème et au Xème siècle et qu’il se prolongea jusqu’en 1789 pour les Français et 1794 définitivement pour les futurs Belges.
Le système féodal est pyramidal. Au sommet, il y a l’empereur pour la Germanie et le roi pour la France. Le Hainaut étant à la frontière entre ces deux entités politiques, nous sommes toujours obligés de de nous référer à elles. Cependant le Hainaut, avant de devenir un département français en 1794 (celui de Jemappes) puis une province par la suite, fut un comté dont le souverain, c’est-à-dire le comte, était vassal de l’empereur (il devait essentiellement lui rendre un hommage à chaque avènement). A partir de 1433, le Hainaut fut toujours englobé dans une entité plus vaste dont le seigneur (duc de Bourgogne, archiduc d’Autriche, souverain des Pays-Bas Espagnols, puis Autrichiens) était à la fois comte ou duc d’une de ses parties (Flandre, Hainaut, Brabant, Namur, Hollande, ….).

Le comte de Hainaut
Ce sont les Régnier qui, dès la fin du IXème siècle, firent que le Hainaut échappe au grand tourment du début de la féodalité en sauvegardant un territoire (l’ancien pagus de Famars), en l’agrandissant au nord (pagus de Burbant/Chièvres) et à l’est (Beaumont, Chimay). Pour ce faire, ils purent compter sur quelques barons locaux, des alleutiers le plus souvent (propriétaires de leurs domaines dès avant la féodalité).

A partir de Richilde et des divers Baudouin (XIème siècle), les comtes vont fortifier leur territoire et favoriser son enrichissement par l’artisanat et le commerce.
Un comte ne gouvernait pas seul. Outre des hommes d’armes qui pouvaient l’aider dans ses guerres (les barons ou seigneurs bannerets, on en compta 42 à certaines époques), il devait s’entourer de conseillers pour l’aider à prendre ses décisions.

Les conseils
C’est le premier cercle du pouvoir. Je ne peux pas dans ces chroniques pousser trop loin leur description. En réalité, il y avait deux conseils :
- une cour restreinte d’une quinzaine de membres qui se réunissaient en permanence autour du comte pour gérer les affaires courantes. Il s’agissait des « pairs du comté », institution probablement créée du temps de Richilde (deuxième moitié du XIème siècle)
Cette cour devint le « Conseil comtal du Hainaut » et siégeait à Mons.
- une cour plénière, plus large, composée de l’ensemble des vassaux, soit les titulaires des seigneuries laïques et ecclésiastiques du comté. Réunis trois ou quatre fois l’an, ils traitaient les affaires politiques et judiciaires importantes (tribunal comtal, cour d’appel).
Cette cour devint avec le temps une « Cour féodale » qui siégeait à Mons et qui fut appelée « Cour souveraine du Hainaut » dès le XIVème siècle.
Avec le temps, ces deux cours vont parfois se concurrencer ou fusionner, notamment en ce qui concerne les compétences judiciaires.

Le (grand) bailli de Hainaut
Il était le personnage le plus important, après le comte dont il était le représentant permanent dans le comté. Son rôle devint prédominant surtout à partir du moment où les comtes de Hainaut, devenus souverains des entités plus grandes évoquées plus haut, ne résidaient plus à Mons. Il s’agissait de la charge la plus honorable et, à ce titre, elle était très convoitée. Le bailli de Hainaut était nommé par le comte pour une année (renouvelable). Il ne s’agissait nullement d’une charge héréditaire. Les membres de toutes les grandes familles seigneuriales reçurent à un certain moment cette charge : les Roisin, les Haynin, les Harchies, les Ligne, les Croÿ, les Lalaing, les Arenberg, etc…
Le grand bailli résidait à Mons. Cette charge fut créée au XIIème siècle, probablement sous Baudouin IV ou V.
Ses compétences étaient larges : politiques, administratives, judiciaires, militaires, policières, financières … Le bailli présidait les deux cours citées plus haut.

Le bailli avait autour de lui une sorte de ministère, avec un chancelier, un receveur général des finances, un trésorier, un bailli des bois.

Prévôts et châtelains
De telles charges nécessitaient une décentralisation du pouvoir. C’est au XIIème siècle, sous les mêmes comtes, que le comté de Hainaut fut divisé en sept prévôtés, dirigées par un prévôt (Mons, Valenciennes, Le Quesnoy, Maubeuge, Bavay, Beaumont, Binche) et trois châtellenies, dirigées par un châtelain (Ath, Braine-le-Comte, Bouchain en Ostrevent). Quelques territoires conservèrent une certaine autonomie (baillages d’Enghien et du Roeulx, les Terres d’Avesnes, de Chimay et de Flobecq-Lessines). Trazegnies était une « terre franche », quasiment indépendante des comtés.
Les prévôts et les châtelains avaient dans leur arrondissement les mêmes compétences que le grand bailli et devaient rendre des comptes à celui-ci.
Il est à noter que la prévôté de Mons décentralisa une partie de ses pouvoirs à Elouges où siégeait une petite prévôté administrant une vingtaine de villages.

L’hôtel du comte
La cour du comte, qui le suivait dans tous ses déplacements, fut réorganisée par la comtesse Richilde, qui copiait en réalité ce qui se faisait dans d’autres comtés. Il s’agissait des différentes charges domestiques au service de la famille comtale.
A la tête de chacune de ces charges, on plaçait un responsable, choisi dans la noblesse hennuyère. Cette charge devint héréditaire, car liée à une seigneurie et donc transmise avec celle-ci par héritage. De responsabilité réelle au début, cette charge devint avec le temps purement honorifique. Il s’agissait d’un titre dont les titulaires aimaient à se faire prévaloir et qui donnait lieu à une rétribution (pension).

Le premier en dignité était le sénéchal. Il s’agissait en théorie du personnage le plus ancien de l’hôtel comtal (du latin senes) dont il était le chef, l’intendant de la maison. Cette charge fut attribuée aux titulaires de la seigneurie de Werchin, qui appartint aux Ligne dans les derniers siècles de la féodalité.
Le suivant était le chambellan, oficiellement chargé de la chambre du comte. Les Berlaimont, puis les titulaires de la seigneurie de Péruwelz en obtinrent la charge.
L’échanson ou bouteiller, celui qui veillait aux boissons, fut membre de la famille d’Aulnoy, puis de celle de Berlaimont.
La charge de maréchal, responsable des chevaux et des écuries, appartenait aux familles qui détenaient Houdeng. Quant au grand veneur, celui qui organisait les chasses, sa charge était associée à la seigneurie de Raismes.
L’hôtel avait aussi ses cuisiniers, ses boulangers, ses bouchers, ses armuriers, ses pêcheurs, … et leurs maîtres.

Dans les châteaux appartenant aux comtes (Mons, Valenciennes, Beaumont, Ath, Le Quesnoy, Bouchain, …), ceux-ci plaçaient des châtelains dont la charge était héréditaire. Avec le temps, ils devinrent des gouverneurs de ces villes-citadelles.

Le pouvoir dans les villes et les villages
Plusieurs villes étaient constituées de seigneuries régies par les comtes eux-mêmes, mais d’autres appartenaient à un seigneur propre (Condé, Beaumont, Chièvres, Avesnes, …).
Les villages étaient gouvernés par des seigneurs. Ces derniers pouvaient résider dans leur seigneurie, mais comme ils détenaient souvent plusieurs domaines seigneuriaux et que les plus riches possédaient leur hôtel particulier à Mons ou à Valenciennes, ils déléguaient leurs pouvoirs (justice, police, fiscalité, …) à des intendants qui résidaient sur place. Ceux-ci possédaient aussi parfois le titre de prévôt ou de bailli.
Mais que ce fut le seigneur lui-même ou son représentant, il nommait toujours des intermédiaires, choisis dans la population urbaine ou rurale, qui organisaient le pouvoir de leur communauté. C’étaient les maires ou maïeurs et les échevins.
Au début de la féodalité, ces maires, comme certains seigneurs, abusèrent souvent de leurs pouvoirs sur la population. Celle-ci se rebella dès le XIème siècle, d’abord dans les villes (les artisans, les ouvriers, les commerçants) puis dans les campagnes (les paysans). Souvent appuyés par les comtes, pour qui la prospérité de leur comté passait par une meilleure condition sociale de leurs sujets, les bourgeois d’abord, les paysans ensuite obtinrent des chartes écrites qui précisaient bien les droits et devoirs de chacun, maîtres et sujets. Les maires et échevins furent alors élus par la population et leurs charges apportèrent un peu de mieux à celle-ci.
C’est à Valenciennes qu’apparut la première charte vers 1076, confirmée en 1114 par le comte Baudouin III. D’autres suivirent dans les autres villes et dans les villages. Ces organisations du pouvoir local donnaient en fait naissance aux communes.

Pour en savoir plus : http://www.valleedelahaine.be/…/14-lorganisation-du-pouvoi…/ et 
http://www.valleedelahaine.be/…/15-les-villes-et-les-commu…/

Michel HALLEZ 

Partagé d'après Michel Hallez