Un esturgeon est pêché à Valenciennes
[ANNIVERSAIRE]
15 juin 1704… Il y a 313 ans.
Un esturgeon est pêché à Valenciennes, dans "la rivière d'Escornaix, près de l'écluse de la citadelle". Le portrait de la bête figurait autrefois dans les collections de la ville.
Quatre tableaux figurant des prises similaires sont répertoriés au catalogue de 1860, représentant, grandeur nature, les quatre bêtes valenciennoises, deux prises dans l’Escaut, et deux dans la rivière d’Escornaix, aux dates suivantes : 7 mai 1617, 24 avril 1648, 23 juillet 1698, et 15 juin 1704.
Le catalogue précise que ces œuvres ont décoré longtemps le musée d’histoire naturelle, avant de reprendre leur place d’origine, dans la salle des pas perdus de l’ancien tribunal de première instance à l’étage de l’hôtel de ville.
Grace au livre de Valéry Daubigny « Fables, contes et autres poésies », de 1853, on connait (en note de bas de page du poème « Voyages et aventures d’un esturgeon, conte héroï-comique ») l’inscription portée sur celui de 1617 : "Cy est le pourctrait au naturel d’un esturgeon prins en ceste ville de Valenciennes par aulcuns bourgeois dans la rivière de l’Escaut, vers l’arche du premier pont, proche Saint-Waast, le 17ème jour de mai de l’an 1617, contenant la grandeur ici représentée, ayant été trouvé peser 250 livres".
Dans son ouvrage manuscrit « Histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valenciennes », Simon Leboucq mentionne en marge du dessin figurant l’église Saint-Vaast-en-Ville « Ici fût prins l’esturgeon en l’an 1617 ». Il raconte la scène dans son texte : "L’esturgeon d‘une grandeur exceptionnelle fut aperçu dans l’Escaut le 3 Mai 1617. Le dimanche 7 Mai, vers midi des bourgeois se jettent dessus et le tue à coups de couteaux. Le magistrat (on entendait alors par « Magistrat » l’équivalent de notre actuel Conseil municipal, regroupant Prévôt (maire), jurés (adjoints) et échevins(conseillers)) organise de suite une visite payante. La moitié des profits fût remise aux pauvres de la ville et l’autre moitié à ceux l’ayant capturé".
Outre la représentation du poisson, l’arrière-plan de paysage du tableau de 1648 offrait une rare représentation de la Valenciennes d’alors, avec ses monuments, et le gibet du Rôleur, avec sa maçonnerie triangulaire.
En 1827, un autre spécimen, de 164 livres, est pris à Condé-sur-Escaut, dans une écluse. Ayant rompu tous les filets, on s’en empare à l’aide de harpons et de crochets. Après avoir été exhibée le dimanche, la bête a été soigneusement écorchée, pour être mangée par les « gastronomes de Condé », la peau étant acquise par le maire de la ville pour être naturalisée et conservée par la commune. Le rédacteur de l’article paru dans l’Echo du Nord précise que l’animal aurait suivi depuis Anvers un bateau chargé de sel, et qu’il en était de même pour ceux pris à Valenciennes « à une époque déjà éloignée de nous ».
Hélas, toutes ces œuvres ont disparu dans l’incendie de l’Hôtel de ville, en 1940. En revanche, il semblerait qu’un tableau comparable existe en collection privée à Condé…
Il ne semble plus y avoir d’esturgeons dans l’Escaut… A l’heure actuelle, le seul lieu où l’on peut espérer en pêcher, mais avec obligation de les remettre à l’eau, est l’étang de Maingoval, à Douchy-les-Mines, ou l’esturgeon a été introduit dans les années 2000.
M.G.
Détail d’un tableau exposé au sein des « Curiosités partagées »…
Ce pécheur, aux pieds des fortifications de la ville n’a guère de chance de prendre un esturgeon…
Source : Bibliothèque de valenciennes : http://patrimoine-numerique.ville-valenciennes.fr/ark:/29755/B_596066101_MS_0673/P_127


